Au milieu des années 1990, l’auteure Annett Gröschner et le photographe
Arwed Messmer font une découverte unique dans les archives
militaires : une caisse pleine de bobines de films provenant
de la RDA et contenant des clichés hautement secrets, pris dans les
premiers temps du Mur. Dans les années 1965/66, des soldats frontaliers
de la RDA ont photographié la bande frontalière qui séparait
Berlin sur une distance de plus de quarante kilomètres, et ont pris
plus de mille clichés de Berlin-Ouest. Arwed Messmer a numérisé
ces photos, qui se trouvent aujourd’hui aux Archives Fédérales, afin
de reconstituer environ trois-cent panoramas qui sont présentés à
l’exposition « De l’autre côté. Le Mur de Berlin vu de l’Est dans les
années 60 ». Ces panoramas sont accompagnés de légendes extraites
des rapports rédigés par la police frontalière – des paroles prononcées
depuis l’Ouest en direction de l’Est et rapportées par les soldats.
Annett Gröschner a condensé et localisé géographiquement ces
compte-rendu – qu’il s’agisse de remarques banales échangées entre
habitants (« Il fait aussi froid chez vous que chez nous ? »), de railleries
et de sarcasmes (« Pas de charbon à la cave, rien dans la culotte,
c’est ça votre 20e anniversaire ? ») ou de propositions engageantes
(« Venez donc chez nous, nous avons de belles femmes pour vous.
Vous pourrez avoir aussi une voiture. ») Toutes ces images constituées
de photos et de légendes, complétées de portraits de soldats,
de clichés de miradors, d’instantanés ainsi que de procès-verbaux
de fuites ou de tentatives de fuites nous donnent une idée de la vie
quotidienne à la frontière. L’exposition « De l’autre côté. Le Mur de
Berlin vu de l’Est dans les années 60 » et l’ouvrage qui l’accompagne
cherchent à recréer l’atmosphère à l’époque de la division de Berlin
et à nous ouvrir les yeux sur ce monde qui symbolise mieux que tout
autre les dérives du 20e siècle.